Quatre épisodes, Vincent Lindon en narrateur, des archives du KGB déclassifiées et la guerre en Ukraine en toile de fond : Tchernobyl, une tragédie sans fin est la pièce centrale du dispositif commémoratif de France Télévisions pour l’anniversaire de la catastrophe. Le 28 avril à 21h10, ce n’est pas un simple retour sur le passé.
On pourrait s’attendre, pour cet anniversaire, à une succession de reportages bien construits, un peu solennels, un peu convenus. France 2 a visiblement choisi une autre voie. Tchernobyl, une tragédie sans fin, réalisé par David Korn-Brzoza et narré par Vincent Lindon, adopte la forme d’un thriller documentaire (quatre épisodes de 30 minutes), diffusés à la suite le mardi 28 avril à partir de 21h10, avec des résumés d’épisodes qui progressent de l’explosion initiale jusqu’à 2025 et la frappe de drone sur l’arche de confinement.
Un récit qui part de 1986 et arrive à aujourd’hui
Le premier épisode remonte à la promesse d’origine : avant de devenir synonyme de catastrophe, Tchernobyl était une vitrine, Pripiat une ville modèle construite pour les familles d’ingénieurs soviétiques. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, un test de routine bascule. Le réacteur n°4 s’emballe. Ce que Korn-Brzoza documente ensuite, c’est la mécanique du mensonge : Moscou qui minimise, le KGB qui filtre les communications, 50 000 habitants de Pripiat évacués dans l’urgence pendant que le nuage radioactif traverse l’Europe.
Le deuxième épisode suit les liquidateurs, ces centaines de milliers d’hommes envoyés au contact direct des radiations pour contenir le désastre. Pilotes d’hélicoptères, mineurs, soldats (le terme même de « liquidateurs » résume à lui seul ce qu’on leur a demandé). Le troisième épisode s’attarde sur l’onde de choc internationale et l’effondrement progressif du mur de mensonges soviétique (c’est une alarme dans une centrale suédoise qui, la première, révèle l’ampleur de la contamination à l’Occident). Le quatrième regarde le présent : le sarcophage qui se lézarde, l’arche d’acier construite en 2019 pour le sceller encore un siècle, et les chars russes qui envahissent la zone d’exclusion en 2022.
Les archives du KGB et la dimension française
Ce qui distingue ce documentaire de beaucoup d’autres sur le sujet, c’est d’abord la matière documentaire. Des archives du KGB déclassifiées, des images tournées dans la zone interdite aujourd’hui, des reconstitutions en 3D, et surtout, des témoignages de survivants filmés maintenant, pas il y a vingt ans. Le projet, produit par Program33, bénéficie d’une construction narrative soignée qui lui évite de ressembler à une encyclopédie illustrée.
Il y a aussi un angle souvent négligé dans les documentaires sur Tchernobyl : l’impact en France, et plus particulièrement dans les régions de l’est et dans le bassin méditerranéen. Le récit intègre des voix françaises : des personnes qui vivaient dans le sud, en Corse ou dans le nord de l’Italie au moment du passage du nuage, et qui portent aujourd’hui les traces de cette exposition. La série documentaire Tchernobyl : un nuage sur la Corse sera d’ailleurs diffusée juste après, à 23h15, ce même soir sur France 2. L’idée que le nuage de Tchernobyl se serait arrêté aux frontières françaises n’a jamais été qu’un mensonge d’État parmi d’autres, le documentaire le dit clairement.
Vincent Lindon, choix juste
Le choix de Vincent Lindon comme narrateur n’est pas neutre. On l’a vu ces dernières années prendre des positions publiques sur des sujets de société, et sa voix porte une certaine gravité sans tomber dans le pathos. Pour un récit qui traite à la fois de la mort de masse, de la manipulation politique et de la guerre en cours, ce dosage compte.
Il reste une question que le documentaire ne peut pas trancher, parce que personne ne le peut encore : est-ce que l’arche d’acier qui recouvre le réacteur n°4 tiendra si un drone frappe à nouveau ? En 2025, d’après les informations intégrées au dernier épisode, la réponse n’est pas rassurante.
À voir : Tchernobyl, une tragédie sans fin, France 2, mardi 28 avril 2026 à 21h10. Disponible en avant-première sur france.tv dès le vendredi 24 avril.
