M6 diffuse le 28 avril, en intégralité et d’un coup, la mini-série britannique Lockerbie : Attentat en plein vol. Cinq heures sur l’attentat qui a tué 270 personnes en 1988 et sur un homme qui n’a jamais accepté la réponse officielle. Colin Firth porte tout ça sur les épaules, et ça tient.
Fin de soirée chargée sur M6 le 28 avril : la chaîne programme les cinq épisodes de Lockerbie : Attentat en plein vol à partir de 21h10, sans interruption, avec une fin prévue au-delà de 3 heures du matin. C’est une façon de diffuser une série qu’on n’a plus l’habitude de voir en clair en France (on n’est pas loin du binge télévisuel imposé à une heure de grande écoute). Audacieux, ou simplement paresseux ? Un peu des deux, probablement. Mais la série mérite mieux que ça.
Ce qui s’est passé le 21 décembre 1988
Le vol 103 de la Pan Am, Londres-New York, explose au-dessus du village écossais de Lockerbie 38 minutes après le décollage. 259 passagers et membres d’équipage meurent dans l’explosion, auxquels s’ajoutent 11 habitants de Lockerbie tués par la chute des débris. Parmi les victimes, Flora Swire, 23 ans, fille du Dr Jim Swire, médecin anglais. Dans les semaines qui suivent, Jim Swire devient le porte-parole des familles de victimes britanniques. Puis, progressivement, quelque chose de plus obsessionnel : un homme convaincu que la vérité officielle sur les responsables de l’attentat est fausse, et qui va consacrer des décennies à le prouver.
Un récit sur vingt ans, sans happy end
La série, co-produite par Carnival Films et Sky Studios, a été écrite par David Harrower et Maryam Hamidi et réalisée par Otto Bathurst et Jim Loach. Elle est adaptée du livre de Jim Swire et Peter Biddulph, The Lockerbie Bombing: A Father’s Search for Justice, paru en 2001. Le tournage a débuté en Écosse en février 2024, notamment autour de Linlithgow et de Stirling.
Le premier épisode est brutal : des débris d’avion qui tombent dans la campagne écossaise, des corps. La série ne fait pas dans la délicatesse sur ce point, et c’est une décision assumée : rappeler physiquement ce que 270 morts veut dire avant de suivre pendant vingt ans un homme dans des salles d’audience. Ensuite, le rythme ralentit considérablement. Jim Swire traverse la mise en accusation de deux suspects libyens (qu’il a lui-même contribué à faire extrader de Libye après une rencontre avec Mouammar Kadhafi), le procès, la condamnation d’Abdelbaset al-Megrahi à la prison à vie, et finit par se convaincre qu’on a condamné le mauvais homme. Un paradoxe qui structure tout le récit.
Ce que Colin Firth fait du rôle
Colin Firth a expliqué au New York Times, en janvier 2024 lors de l’annonce du casting, que ce qui l’avait attiré vers ce projet c’était précisément que la catastrophe avait progressivement disparu de la mémoire collective : des décennies après le choc initial, de moins en moins de gens se souciaient de l’affaire, ou même en avaient connaissance. Jim Swire lui-même a approuvé le choix de l’acteur pour l’incarner, ce qui, pour ce type de biopic, n’est pas un détail.
Ce que Firth apporte, c’est une retenue qui sert parfaitement le personnage. Jim Swire n’est pas un héros de thriller, c’est un homme ordinaire, méthodique, dont le chagrin s’est converti en obsession. La critique de Variety, au moment de la diffusion américaine sur Peacock fin 2025, soulignait que la série lui appartient entièrement : il vieillit sur plusieurs décennies, et son deuil reste la force motrice de toutes les scènes. Sur Rotten Tomatoes, la série affiche 79% d’avis favorables parmi 28 critiques professionnels. Le consensus est sans équivoque sur un point : sans Firth, beaucoup moins.
Le vrai problème
La série a aussi ses défauts, et il vaut mieux les mentionner. Les longueurs sont réelles, notamment dans les épisodes centraux qui se perdent dans les méandres judiciaires. Le London Standard y voit « une tentative honorable de nous rappeler pourquoi cette affaire reste non résolue »… formulation qui dit autant sur les qualités que sur les limites. Le fait de diffuser cinq heures d’un coup sur M6, sans même proposer un découpage sur deux soirées, ne va pas arranger les choses pour le spectateur lambda.
Il n’empêche : l’attentat de Lockerbie est une histoire que beaucoup de Français ne connaissent qu’en surface, et la série offre à la fois le récit de la catastrophe et ses zones d’ombre persistantes. L’affaire n’est pas totalement close, un nouveau procès contre un co-conspirateur présumé est attendu. C’est rare, un objet télévisuel qui laisse volontairement les questions ouvertes.
À voir : Lockerbie : Attentat en plein vol, M6, mardi 28 avril 2026 à partir de 21h10 (5 épisodes en continu, fin après 3h du matin).
