La sélection officielle de la 79e édition a été dévoilée jeudi 9 avril par Thierry Frémaux et Iris Knobloch depuis le Pathé Palace, à Paris. Vingt-et-un films en compétition, des habitués de la Croisette, quelques retours inespérés — et une place encore libre, qui intrigue.
La sélection ne comprend qu’un seul réalisateur américain, Ira Sachs, tandis que les grands studios hollywoodiens sont quasiment aux abonnés absents. Frémaux a relativisé, comme à son habitude : « Quand les studios sont moins présents à Cannes, c’est qu’ils sont moins présents tout court », a-t-il dit. Mais derrière la formule, la réalité est là : pas de Spielberg, pas de Nolan, pas de Fincher. Et pas encore de James Gray.
Paper Tiger, son film avec Scarlett Johansson, Adam Driver et Miles Teller, brillait par son absence lors de l’annonce. Frémaux a tout de même lâché un indice : « Il y a un film dont vous direz : ‘Oh, il n’est pas là !’ Mais il sera là, je vous le garantis. » Suspense calculé ou vraie incertitude de droits ? On saura dans les jours qui viennent.
Les noms qui comptent
La compétition convoque ce qu’on pourrait appeler la vieille garde mondiale, et c’est une bonne nouvelle. Pedro Almodovar signe une septième apparition en compétition avec Amarga Navidad, aux côtés d’Asghar Farhadi et de ses Histoires parallèles, un film avec Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney et Catherine Deneuve. Hirokazu Kore-eda revient avec Sheep in the Box, un drame dans un futur proche où un couple accueille un humanoïde pour en faire son fils. Difficile d’imaginer le Japonais ne pas faire parler de lui.
Andreï Zviaguintsev, cinéaste russe en exil, signe son premier film depuis Faute d’amour en 2017 avec Minotaure, une fable politique sur un homme d’affaires russe confronté à une crise personnelle et professionnelle. Neuf ans d’absence, c’est long. Le fait qu’il soit là est déjà une petite victoire.
Lukas Dhont entre en compétition avec Coward, un drame de la Première Guerre mondiale tourné partiellement sur les champs de bataille réels près d’Ypres. Frémaux a admis que les programmeurs n’avaient vu le film que la veille de la conférence. Ce genre de détail dit quelque chose sur l’état de tension permanente d’une sélection Cannes.
Le contingent français
Côté France, Léa Mysius fait sa première entrée en compétition officielle avec Histoires de la nuit, adapté du roman de Laurent Mauvignier, qui a reçu le Goncourt en 2025, ce qui ne gâche rien. Arthur Harari concourt avec L’Inconnue, un thriller fantastique librement adapté d’une bande dessinée qu’il a coécrite avec son frère, où David se réveille dans le corps d’une femme. Frémaux a qualifié le film de « bataille d’Hernani » à venir sur la Croisette. Autrement dit, il s’attend à ce que ça divise. Ça promet.
László Nemes revient avec Moulin, un biopic sur Jean Moulin joué par Gilles Lellouche, qui retrace la trahison de la figure de la Résistance livrée à la Gestapo à Lyon. L’homme derrière Le Fils de Saul sur l’un des sujets les plus lourds de l’histoire française, le résultat sera forcément sous haute surveillance.
Hors compétition, Quentin Dupieux présente Full Phil en séance de minuit, avec Woody Harrelson et Kristen Stewart. Et John Travolta débarque sur la Croisette pour présenter Vol de nuit pour Los Angeles, sa toute première réalisation, adaptée d’un livre qu’il a publié en 1997. Inattendu, un peu dingue, mais voilà exactement le genre d’événement dont Cannes a besoin pour exister au-delà des cinéphiles.
Un jury à la hauteur
Park Chan-wook présidera le jury. Le réalisateur d’Old Boy et de Decision to Leave est une garantie de sérieux et d’audace. Peter Jackson et Barbra Streisand recevront chacun une Palme d’honneur, lors des cérémonies d’ouverture et de clôture respectivement.
Le festival se tient du 12 au 23 mai. La sélection est à 95% complète — le reste devrait tomber la semaine prochaine. Si Paper Tiger vient s’y ajouter, ce sera une édition qui n’aura pas à rougir.
