Michael : le roi de la pop revient, mais sous contrôle

Un budget de 155 millions de dollars, une bande-annonce record, un casting familial et une polémique qui couve depuis deux ans. Le biopic consacré à Michael Jackson sort ce mercredi 22 avril en France et il arrive déjà avec un sacré bagage.

Il y a des films qu’on attend depuis si longtemps qu’on finit par se demander si leur sortie sera à la hauteur du bruit qui les a précédés. Michael, le biopic d’Antoine Fuqua, est clairement de ceux-là. Annoncé en 2019, reporté trois fois, remanié de fond en comble, il débarque enfin dans les salles françaises ce mercredi. Et s’il y a bien une chose qu’on peut dire avant même d’avoir vu le film, c’est que son histoire de production est presque aussi fascinante que ce qu’il prétend raconter.

Un neveu dans les chaussures du roi

Le pari de confier le rôle-titre à Jaafar Jackson, fils de Jermaine et neveu de Michael, était risqué sur le papier. Premier rôle au cinéma, héritage familial écrasant, comparaison inévitable avec l’un des performers les plus filmés de l’histoire. Mais Jaafar a déclaré dans un court-métrage de making-of avoir répété « pendant des heures et des heures jusqu’à ce qu’un seul mouvement soit parfait », dansant « jusqu’à ce que ses pieds saignent ou deviennent insensibles ». Pendant deux ans, il s’est imposé une discipline quasi monastique : danse quotidienne, étude obsessionnelle d’archives, lecture d’écrits personnels (il a même transformé une pièce entière de sa maison en salle de recherche, tapissant les murs de citations et de repères de vie de Michael Jackson).

La ressemblance physique est troublante, les premières réactions après la première mondiale à Berlin le 10 avril sont enthousiastes. Les critiques présents saluent une performance « electrique » et « déconcertante ». Antoine Fuqua a d’ailleurs fait le choix surprenant de filmer les séquences scéniques dès le début du tournage pour plonger immédiatement Jaafar dans le grand bain et lui permettre de trouver sa légitimité avant d’aborder le reste. Stratégie risquée, mais apparemment payante.

15 millions de dollars et un troisième acte à la poubelle

C’est là que les choses se compliquent. Le script de John Logan s’intéressait initialement à la première accusation d’abus sexuels sur mineur faite contre Michael Jackson en 1993, un procès réglé à l’amiable avec un accord de 22 millions de dollars. Or, les avocats de la succession Jackson ont réalisé tardivement qu’une clause de cet accord interdisait toute dépiction ou mention de l’accusateur Jordan Chandler dans un film. Résultat : l’équipe de tournage a dû se réunir pendant 22 jours supplémentaires pour refilmer des séquences entières, une opération qui a coûté entre 10 et 15 millions de dollars supplémentaires.

Au lieu de se conclure sur l’un des moments les plus sombres de la carrière de Jackson, le film se terminera avec le chanteur encore à son apogée, la dernière scène est située durant le Bad Tour, le montrant se préparer à entrer sur scène. En d’autres termes : la succession a financé le retrait de la partie gênante, obtenu au passage une participation financière dans le film, et le tout s’est retrouvé imputé à un budget qui grimpe désormais à 155 millions de dollars, soit trois fois le budget de Bohemian Rhapsody.

Paris absente, la famille divisée

La première mondiale à Berlin était une opération de marketing bien huilée, avec des milliers de fans déguisés et la présence de Prince et Bigi Jackson, deux des trois enfants du chanteur. La troisième, Paris, n’était pas là.

Paris Jackson a été claire sur ses motivations. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux début avril, elle a qualifié le film de « Fantasyland » vendu comme réel, accusant les scénaristes d’avoir « contrôlé le récit », d’y avoir mis « beaucoup d’inexactitudes » et de « mensonges flagrants ». Elle avait lu un premier jet du script et tenté de signaler ce qui ne sonnait pas juste. « J’ai parlé, on ne m’a pas écoutée, je suis passée à autre chose », a-t-elle résumé.

La position de Paris est d’autant plus complexe qu’elle se bat par ailleurs en justice contre les exécuteurs de la succession, John Branca et John McClain, sur des questions financières liées à l’héritage. La sortie du film arrive donc en plein milieu d’une guerre familiale qui dépasse largement le cinéma.

Un hommage, pas une enquête

Ce qui est clair à ce stade, c’est que Michael a choisi son camp. Le film s’appuie très fortement sur la musique de Jackson, enchaînant les séquences spectaculaires, et s’écarte de son comportement personnel parfois déroutant. La tension dramatique repose sur la relation conflictuelle entre Michael et son père Joe, qui ne voulait pas que la carrière solo de son fils se fasse au détriment des Jackson 5. Trente chansons du répertoire sont intégrées au film, de Thriller à Bad, en passant par la première apparition du moonwalk en 1983.

C’est exactement ce que MJ the Musical, la comédie musicale de Broadway, avait déjà fait avec succès en 2022 et qui avait encouragé la succession à aller plus loin. Le show, qui s’achève juste avant les accusations de 1993, a dépassé 300 millions de dollars de recettes à Broadway, ce qui a donné confiance à l’équipe du film sur la capacité du public à adhérer à une version sympathisante de Michael Jackson.

On peut trouver ça honnête (après tout, le film annonce clairement qu’il s’arrête au Bad Tour) ou gênant, selon où on se situe dans le débat plus large sur l’héritage du chanteur. Ce qui est certain, c’est que Michael sera un événement de box-office. Le film pourrait s’approcher du score de Bohemian Rhapsody, qui avait atteint près d’un milliard de dollars au box-office mondial en 2018. Les premières projections évoquent un week-end d’ouverture aux alentours de 50 millions de dollars aux États-Unis.

Dix-sept ans après sa mort, Michael Jackson arrivait en 2025 pour la 13e fois consécutive en tête du classement Forbes des célébrités défuntes ayant généré le plus de revenus, avec 105 millions de dollars sur l’année écoulée. Le film n’est pas là pour rouvrir des dossiers. Il est là pour alimenter une machine qui tourne très bien toute seule.

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