Cannes 2024, Oscar des meilleurs maquillages, Golden Globe pour Demi Moore. The Substance de Coralie Fargeat a fait beaucoup de bruit. Depuis le 6 avril, il est disponible sur Prime Video en France. Occasion de le (re)voir et peut-être de se faire enfin une opinion propre.
The Substance est sorti en France le 6 novembre 2024, après avoir remporté le Prix du scénario au Festival de Cannes 2024. Il arrive sur Prime Video le 6 avril 2026. Entre les deux, le film a traversé une trajectoire assez rare pour un body horror français : nommé aux Oscars, récompensé aux Golden Globes, discuté dans des cercles très au-delà du cinéma de genre.
Ce que raconte le film
Elisabeth Sparkle, actrice quinquagénaire jouée par Demi Moore, se fait licencier de l’émission de fitness qu’elle anime. Trop vieille. Elle découvre alors une substance mystérieuse qui lui permet de générer une version rajeunie d’elle-même : Sue, interprétée par Margaret Qualley. La règle : alterner chaque semaine entre les deux corps. Ce que Sue va progressivement refuser.
Demi Moore y livre une performance marquante, c’est l’un des rares consensus dans un film qui en suscite peu. Ce n’est pas rien : l’actrice de 61 ans porte des scènes d’une exposition physique et émotionnelle radicale, et ne recule devant rien. La scène la plus forte du film n’est d’ailleurs pas une scène de gore : c’est Elisabeth devant son miroir, avant un dîner, qui passe des heures à se maquiller puis détruit tout dans une rage muette. Deux minutes qui valent plus que bien des effets spéciaux.
Un film qui divise, et c’est le point
The Substance est l’un de ces films sur lesquels il est difficile d’avoir un avis modéré. Sur AlloCiné, il obtient 3,6 sur 5 côté presse et 4 sur 5 côté spectateurs. Les partisans saluent son énergie formelle, sa satire frontale du star-system, son refus de se tenir sage. Les sceptiques lui reprochent un sous-texte féministe tellement appuyé qu’il finit par se desservir, et un troisième acte qui vire au grand-guignol au risque de noyer son propos.
Fargeat convoque Cronenberg, Lynch, Kubrick, Aronofsky et le fait avec une voracité qui tient autant du clin d’œil que du pillage assumé. Le cinéphile qui a vu La Mouche, Shining et Requiem for a Dream passera une partie du film à cocher des références. C’est parfois jouissif, parfois épuisant.
Ce qui est moins discutable : Fargeat a un regard. Elle utilise le body horror comme d’autres utilisent le réalisme social, et elle ne prend pas le spectateur par la main. Le dernier acte, viscéralement dérangeant, va jusqu’au bout de son idée avec une conviction qui force le respect, même si l’idée elle-même peut agacer.
Son passage sur Prime Video va mécaniquement relancer les débats, et c’est exactement ce que le film mérite. Ce n’est pas un film agréable. C’est un film dont on parle encore.
