Sorti en salles françaises le 25 juin 2025, F1 s’est imposé comme l’un des événements cinématographiques de l’été, porté par une ambition de réalisme rarement atteinte dans le cinéma de sport mécanique. Coproduit par le septuple champion du monde Lewis Hamilton et réalisé par Joseph Kosinski (à qui l’on doit la renaissance de Top Gun), le film s’appuie sur un accès inédit aux circuits et aux coulisses du championnat pour raconter le retour d’un pilote vétéran dans la discipline reine de l’automobile. Depuis le 6 mars 2026, il est disponible sur Canal+.
Un projet né au cœur même de la Formule 1
La genèse de F1 est indissociable de Lewis Hamilton. Le pilote britannique, qui a co-produit le film aux côtés d’Apple Original Films et de Warner Bros., a non seulement ouvert les portes du paddock à l’équipe de production, mais a également accompagné Brad Pitt dans sa préparation physique et technique, allant jusqu’à l’emmener en passager à bord d’une monoplace sur circuit. Ce niveau d’implication a déterminé le parti pris central du film : tourner en conditions réelles, lors de véritables week-ends de Grand Prix entre 2023 et 2024, sur des circuits aussi différents que Silverstone, Bahreïn ou encore le circuit des Amériques à Austin.
Pour les séquences de course, les équipes techniques ont conçu des voitures hybrides dérivées de châssis de catégorie F2, habillées à l’image de monoplaces F1 et équipées de caméras Sony miniatures développées spécialement pour le projet. Ces dispositifs embarqués permettent des prises de vue au ras du bitume d’une fluidité et d’une précision inédites, donnant au spectateur la sensation d’être littéralement dans le cockpit. La bande sonore, composée par Hans Zimmer avec la participation d’artistes comme Rosé (Blackpink), Don Toliver, Doja Cat et Tate McRae, a été pensée comme une partition dynamique qui épouse les accélérations et les freinages.
Brad Pitt en Sonny Hayes : le pilote vétéran comme figure centrale

Le scénario, signé Ehren Kruger, suit Sonny Hayes, ancien prodige de la F1 des années 1990 contraint à l’abandon après un accident grave. Trente ans plus tard, il est contacté par Ruben Cervantes (joué par Javier Bardem, impeccable en patron d’écurie désabusé) pour rejoindre APXGP, une équipe fictive en faillite qu’il est censé relancer aux côtés d’un jeune pilote ambitieux et arrogant, Joshua Pierce, interprété par Damson Idris. La tension dramatique repose sur cette relation entre deux générations : le vétéran qui cherche à se racheter, et le prodige qui refuse d’apprendre.
Brad Pitt, alors âgé de 60 ans lors du tournage, s’est préparé pendant plusieurs mois pour conduire lui-même une partie des séquences en piste, un engagement physique qui se ressent à l’écran. L’actrice irlandaise Kerry Condon (The Banshees of Inisherin) apporte une profondeur bienvenue en incarnant une ingénieure de performance, personnage rare dans ce type de récit. Les pilotes en activité, dont Hamilton lui-même, font des apparitions dans les séquences de course, renforçant l’ancrage dans la réalité du paddock contemporain.
Une mise en scène au service de la vitesse
Ce qui distingue F1 des films de sport automobile antérieurs (y compris Rush (Ron Howard, 2013) et Le Mans 66 (James Mangold, 2019)), c’est la manière dont Kosinski traite la vitesse non comme un effet spectaculaire, mais comme une condition dramatique. Les séquences en piste ne servent pas à embellir le récit : elles en sont la substance. Chaque freinage, chaque trajectoire, chaque dépassement engage quelque chose de la psychologie du personnage. La caméra ne se contente pas de filmer la voiture ; elle traduit l’état intérieur du pilote.
Certains puristes de la F1 ont reproché au film des libertés avec les règlements sportifs (notamment la fréquence des sabotages et des incidents) et un recours parfois excessif aux voitures de sécurité. Ces critiques sont recevables. Mais elles n’entament pas l’essentiel : F1 est l’une des expériences sensorielles les plus intenses offertes par le cinéma populaire depuis plusieurs années, et le premier film à donner vraiment à voir ce que représente l’intérieur d’une monoplace lancée à pleine vitesse.
La Formule 1, nouvelle matière première du cinéma hollywoodien
La sortie de F1 s’inscrit dans une tendance plus large. Depuis le succès mondial de la série documentaire Drive to Survive (Netflix, depuis 2019), la Formule 1 a conquis un public nouveau, plus jeune, moins familier du sport mais passionné par ses coulisses humaines et industrielles. Hollywood a perçu cette fenêtre. Après Rush, Le Mans 66 et le documentaire Senna (2010), F1 représente l’aboutissement de cette fascination : un blockbuster à 300 millions de dollars de budget, conçu comme une lettre d’amour au sport automobile le plus médiatisé du monde.

Pour les constructeurs et équipementiers présents dans le film (qu’il s’agisse des pneumaticiens, des fabricants de casques ou des fournisseurs de carburant), l’exposition est considérable. APXGP, l’écurie fictive au cœur du récit, est habillée de logos soigneusement fictifs, mais l’environnement sonore, technique et visuel du film vaut toutes les campagnes institutionnelles.
