Aston Martin DB5 et James Bond : histoire de la voiture la plus iconique du cinéma

Depuis plus de soixante ans, une silhouette en aluminium brossé incarne à elle seule l’idée du héros élégant et redoutable. L’Aston Martin DB5 est apparue pour la première fois dans Goldfinger en 1964, et elle n’a plus jamais vraiment quitté les écrans. Véritable personnage à part entière de la saga James Bond, elle dépasse désormais le statut de voiture de cinéma pour appartenir au patrimoine culturel mondial. Retour sur l’histoire d’une alliance qui a transformé à la fois le destin commercial d’une marque et les codes visuels du film d’espionnage.

Une rencontre qui n’était pas inévitable

En 1963, lorsque la production de la saga Bond cherche une automobile pour son troisième opus, la DB5 n’est pas le premier choix. Les producteurs auraient initialement approché Jaguar, qui aurait décliné l’offre, estimant ne pas avoir besoin d’une telle visibilité. Aston Martin, constructeur britannique de niche fondé en 1913 et alors beaucoup moins connu du grand public, saisit l’opportunité et met à disposition deux exemplaires de son dernier modèle de série.

Dans les romans d’Ian Fleming, James Bond roule en Bentley, puis en Aston Martin DB Mark III. Pour le film, les producteurs et l’expert en effets spéciaux John Stears s’accordent à utiliser la DB5, lancée en septembre 1963, le modèle le plus récent à la disposition du constructeur. Le choix est avant tout pragmatique, mais il va s’avérer historique. En quelques semaines de tournage, la voiture se retrouve équipée d’un arsenal de gadgets imaginé par Stears : mitrailleuses dissimulées derrière les clignotants avant, lame rétractable dans les enjoliveurs, écran pare-balles à l’arrière, siège passager éjectable actionné par une trappe dans le toit. Des modifications qui n’altèrent en rien les lignes de la voiture, mais lui confèrent une dimension quasi magique.

La DB5 : un grand tourisme au sommet de son art

Pour comprendre l’impact visuel de la DB5 à l’écran, il faut rappeler ce qu’est cette voiture en dehors des studios. Lancée en version coupé et cabriolet, elle repose sur un moteur six cylindres en ligne de 4 litres développant 282 chevaux, associé à une boîte manuelle ZF à cinq rapports, une configuration technique haut de gamme pour l’époque. La carrosserie, confiée à la Carrozzeria Touring de Milan selon la technique Superleggera (structure tubulaire sur laquelle reposent des panneaux d’aluminium formés à la main), donne une silhouette fluide, tendue, aux proportions parfaites. À l’intérieur, le cuir Connolly, les moquettes épaisses et l’instrumentation Smiths complètent un tableau de pur artisanat britannique.

La DB5 atteint environ 230 km/h en vitesse de pointe et boucle le 0 à 100 km/h en un peu moins de 8 secondes, des performances remarquables pour un grand tourisme de 1963. Sa production, limitée à 1 021 exemplaires coupé plus 123 cabriolets Volante, s’arrête dès 1965 au profit de la DB6. Cette rareté, combinée à sa célébrité cinématographique, en fait aujourd’hui l’une des voitures les plus valorisées sur le marché des enchères, avec des exemples bien conservés dépassant régulièrement le million d’euros.

Huit films, trois acteurs, une même silhouette

Après Goldfinger, la DB5 (immatriculée BMT 216A) est réutilisée dès l’opus suivant, Opération Tonnerre (1965), avec la même plaque. La voiture disparaît ensuite pendant trois décennies avant de réapparaître dans GoldenEye (1995), où Pierce Brosnan en reprend le volant dans une scène d’ouverture mémorable face à une Ferrari F355 conduite par la comédienne Famke Janssen. Elle revient brièvement dans Demain ne meurt jamais (1997).

Avec le reboot incarné par Daniel Craig, la DB5 est intégrée de façon plus narrative. Dans Casino Royale (2006), Bond la gagne aux cartes, dans une version à conduite à gauche, ce qui constitue une entorse à la tradition. C’est cependant dans Skyfall (Sam Mendes, 2012) qu’elle connaît son retour le plus émotionnel : sortie d’un garage secret en Écosse, elle est finalement détruite dans une séquence qui suscite chez le public une réaction quasi-irraisonnée, preuve que la voiture s’est mue en symbole bien au-delà du simple objet cinématographique. Spectre (2015) la montre dans l’atelier de Q, en cours de restauration, et Mourir peut attendre (2021) lui restitue tous ses gadgets d’origine pour une scène d’ouverture spectaculaire à Matera, en Italie.

Au total, la DB5 est apparue dans huit films de la franchise, conduite par Sean Connery, Pierce Brosnan et Daniel Craig. Elle reste la seule « co-star » permanente de la saga, plus constante que les actrices, les réalisateurs, ou même les interprètes de Bond.

Un placement produit devenu modèle d’école

La relation entre Aston Martin et la franchise Bond est régulièrement citée dans les études de marketing comme l’un des exemples les plus durables et les plus efficaces de placement produit dans l’histoire du cinéma. La DB5 a transformé la perception publique d’Aston Martin : d’un constructeur artisanal confidentiel, la marque est devenue synonyme d’élégance britannique et d’audace mécanique. Selon des témoignages de l’époque, environ un millier d’exemplaires supplémentaires auraient été commandés dans les mois suivant la sortie de Goldfinger, un effet commercial direct et mesurable, sans précédent pour un placement de cette nature.

La marque a su entretenir cette relation sur la durée, en adaptant ses modèles aux différentes époques de la saga : la DBS dans Au service secret de Sa Majesté (1969), la V8 dans Tuer n’est pas jouer (1987), puis une succession de modèles contemporains à travers les films Daniel Craig. Pour Mourir peut attendre, quatre Aston Martin différentes sont mobilisées : la DB5, la V8, la DBS Superleggera et le prototype Valhalla.

En 2020, consciente de la puissance symbolique de ce patrimoine, Aston Martin a lancé une série de 25 DB5 « Goldfinger Continuation », construites à la main dans l’usine historique de Newport Pagnell selon les spécifications exactes du film, gadgets compris (siège éjectable mis à part). Prix unitaire : environ 3 millions d’euros hors taxes. Ces véhicules ne sont pas homologués pour la route, ils sont des œuvres, des objets de collection qui valent autant par leur histoire que par leur mécanique.

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