Déprogrammée en urgence le 10 mars dernier pour cause d’actualité internationale brûlante, la spéciale Serge Gainsbourg du Grand Échiquier arrive enfin sur France 2. Depuis l’Opéra Royal de Versailles, Claire Chazal et André Manoukian reçoivent un plateau exceptionnel pour célébrer les 35 ans de la disparition d’un monument de la chanson française. Rendez-vous mardi.
Il y a des programmes télévisés dont on attend la diffusion avec une impatience particulière. Celui-ci cumule deux raisons de se faire désirer : déprogrammée le mardi 10 mars dernier, la spéciale Serge Gainsbourg du Grand Échiquier, avec à la présentation Claire Chazal et André Manoukian, sera finalement diffusée le mardi 7 avril à 21h10 sur France 2. Un report involontaire (France 2 avait préféré consacrer sa soirée à un numéro d’urgence de L’Événement sur la guerre au Moyen-Orient) qui n’a fait qu’aiguiser la curiosité des amateurs de l’artiste.
Trente-cinq ans et une aura intacte
Le 2 mars 2026 marquait les 35 ans de la disparition de Serge Gainsbourg. Un anniversaire qui a donné lieu à une série d’hommages (concerts, publications, expositions) révélateurs de l’emprise que l’artiste continue d’exercer sur plusieurs générations. Trente-cinq ans, presque deux générations, sans l’Homme à la tête de chou, et son héritage est bien là. La décision de France 2 de lui consacrer un numéro du Grand Échiquier, l’émission culturelle de référence de la chaîne publique, s’inscrit dans cette continuité, mais avec un cadre et un dispositif à la hauteur du personnage.
Versailles comme écrin, un plateau comme rarement
Portée par l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles dirigé par Victor Jacob, la soirée déploie depuis l’Opéra Royal toute la richesse d’un répertoire qui traverse les générations et ne cesse de se réinventer. Du souffle mélancolique de La Javanaise à Je suis venu te dire que je m’en vais, de la poésie de La Chanson de Prévert à la modernité de Bonnie and Clyde, classique, chanson et électro se rencontrent pour révéler la modernité persistante d’un artiste qui n’a jamais cessé d’avoir un temps d’avance.
Le plateau réuni pour l’occasion est particulièrement soigné. Claire Chazal et André Manoukian recevront Benjamin Biolay, Barbara Pravi, Salvatore Adamo, Arielle Dombasle, Abd al Malik, Mosimann, Marie Oppert de la Comédie-Française, Aurélie Saada, Esther Abrami, Vanessa Wagner, la Compagnie chorégraphique François Mauduit et Philippe Manœuvre, ainsi que la participation exceptionnelle de son fils Lulu Gainsbourg. Des générations, des styles et des sensibilités très différentes, mais une même fascination pour un artiste dont l’œuvre continue de nourrir des univers aussi éloignés que la variété, le classique ou l’électronique.
Le portrait d’un homme complexe
Au fil de ce numéro du Grand Échiquier, confidences, témoignages et interprétations inédites composent le portrait d’un homme complexe, fragile et incandescent. C’est là peut-être l’ambition la plus intéressante de la soirée : ne pas se contenter d’une célébration en surface, mais tenter de saisir les contradictions d’un créateur qui a mis sa vie entière en scène, entre la délicatesse de ses premières chansons et la provocation assumée de ses dernières années. La présence de Lulu Gainsbourg, son fils, ajoute une dimension intime à ce dispositif autrement spectaculaire.
Pour les amateurs de la chanson française exigeante, difficile d’imaginer meilleur rendez-vous de la semaine.
