Dimanche soir, France 2 rediffuse La Famille Bélier, la comédie d’Éric Lartigau qui a réuni 7,5 millions de spectateurs dans les salles françaises en 2014 et révélé Louane Emera au grand public. Dix ans après sa sortie, le film conserve son pouvoir d’émotion, et sa trajectoire internationale en fait un objet cinématographique à part entière.
Il est des films populaires dont on aurait tort de sous-estimer la portée. La Famille Bélier, réalisé par Éric Lartigau et sorti en décembre 2014, a cumulé plus de 7,4 millions d’entrées dans les salles françaises, se classant en deuxième position du box-office de l’année derrière Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? Un score massif pour une comédie dramatique dont personne n’anticipait vraiment le triomphe, le film avait été conçu comme un modeste divertissement de fêtes de fin d’année, pas comme un phénomène de société.
L’histoire d’une famille à part
Le film suit Paula Bélier, 16 ans, seule entendante dans une famille de fermiers sourds de la Mayenne. Interprète indispensable au quotidien pour ses parents Rodolphe et Gigi et son petit frère, elle découvre un jour que sa voix recèle un don exceptionnel pour le chant. Quand son professeur de musique la pousse à tenter sa chance au concours de la Maîtrise de Radio France, Paula se retrouve déchirée entre son rêve naissant et la famille qui dépend d’elle. Le dispositif narratif est simple, universel, et particulièrement efficace, le récit d’un passage à l’âge adulte dans un contexte peu représenté au cinéma grand public.
Pour parfaire la communication en langue des signes française, les actrices Karin Viard et Louane Emera l’ont apprise aux côtés d’un enseignant sourd, tandis que François Damiens a suivi le même processus en Belgique. Une rigueur de préparation qui transparaît à l’écran, même si le film n’a pas échappé aux critiques sur le fait de n’avoir pas choisi d’acteurs sourds pour les rôles principaux de parents.
Le tremplin de Louane
Éric Lartigau avait découvert Louane en regardant l’émission The Voice en 2013, et lui avait proposé directement le rôle de Paula. La jeune chanteuse, alors âgée de 18 ans, effectuait là ses vrais débuts au cinéma. En 2015, elle a remporté le César du meilleur espoir féminin pour cette performance, marquant le point de départ d’une double carrière cinématographique et musicale qui ne s’est pas démentie depuis.
Quand Hollywood s’en mêle
La véritable mesure du film tient peut-être à ce qui lui a survécu. Hollywood a jeté son dévolu sur La Famille Bélier pour en faire le remake américain intitulé CODA, réalisé par Sian Heder. La différence majeure entre les deux versions tient au casting : là où les acteurs français avaient dû apprendre la langue des signes, plusieurs interprètes de CODA (dont Marlee Matlin et Troy Kotsur) sont réellement sourds. Le film a remporté l’Oscar du meilleur film, ainsi que celui du meilleur scénario adapté et du meilleur second rôle masculin pour Troy Kotsur. Une consécration hollywoodienne qui a définitivement inscrit l’histoire des Bélier dans le patrimoine cinématographique mondial.
Lors de sa première diffusion sur France 2 en avril 2017, le film avait attiré 7,48 millions de téléspectateurs avec 30 % de part d’audience, plaçant la chaîne en tête des audiences de la soirée. Une performance qui dit tout sur la capacité du film à rassembler des publics très différents, des spectateurs qui l’avaient vu en salle, de ceux qui le découvraient pour la première fois à la télévision. Ce dimanche, ce sera peut-être l’occasion pour certains de le voir avec un regard renouvelé, sachant ce qu’il est devenu.
